Modèles météo, Windy et choix de route
Comparer GFS, ECMWF, ICON et les modèles IA, les lire dans Windy, choisir sa route — et pourquoi, quoi qu'il arrive, on programme toujours en GFS.
Comparer les modèles, choisir sa route — et router en GFS
Dans le tuto précédent, on a établi une chose simple : le vent de Virtual Regatta, c’est le GFS 0,25° de la NOAA, et rien d’autre. C’est la vérité du jeu. Mais ce n’est pas la façon dont on prend une décision.
Car une prévision, c’est une hypothèse. Le GFS en propose une ; l’ECMWF, ICON, les modèles IA en proposent d’autres. Les regarder ensemble, ce n’est pas chercher « qui a raison » — c’est mesurer notre niveau de confiance avant de miser. Et une fois la décision prise, il reste un piège à éviter : le jeu ne joue que le GFS. On va donc voir le paysage des modèles, comment les lire dans Windy, comment choisir une route… et comment l’exécuter correctement.
1. Pourquoi regarder d’autres modèles que le GFS ?
Le jeu navigue le GFS. Alors pourquoi s’embêter avec les autres ?
Parce que le GFS, seul, ne vous dit qu’une seule chose : sa prévision du moment. Il ne vous dit pas à quel point elle est fiable. Or c’est ça, l’information qui vous fait gagner. Quand GFS, ECMWF, ICON et les modèles IA racontent tous la même histoire, vous pouvez engager une option franche : la confiance est haute. Quand ils divergent, vous savez que l’avenir est ouvert — et c’est exactement là que les places se jouent, et que les carottes se récoltent 🥕.
L’idée clé : on ne compare pas les modèles pour trouver le « bon ». On les compare pour jauger la dispersion. Accord = on ose. Désaccord = on garde des options et on gère le risque.
2. Le paysage des modèles : les classiques
Quatre grands modèles reviennent en permanence. Chacun a une zone de confort.
- GFS (NOAA, États-Unis) — le modèle du jeu. Gratuit, librement redistribuable, grille 0,25°, 4 runs/jour (00Z, 06Z, 12Z, 18Z), horizon ~16 jours. Solide pour le large, mais il a tendance à forcer un peu sur les fronts et à sous-estimer le creusement rapide des dépressions.
- ECMWF (Centre européen — souvent « CEP » ou « l’Européen ») — la référence mondiale de précision, surtout sur les systèmes synoptiques de moyennes latitudes. Modèle commercial, haute résolution (~9 km sur sa version HRES). En pratique, deux runs vraiment exploitables (00Z / 12Z).
- ICON (DWD, Allemagne) — modèle global sur grille icosaédrique (couverture homogène du globe), décliné en versions régionales fines (ICON-EU, ICON-D2 à ~2 km). Très bon sur l’Europe et les reliefs.
- AROME (Météo-France) — modèle maille fine (~1,3 km), à courte échéance seulement. Prisé des routeurs de course pour le côtier et la Méditerranée (brises, effets de côte, orages).
À cela s’ajoute l’UKMO (Met Office), régulièrement deuxième mondial derrière l’ECMWF, fort sur l’Atlantique Nord.
| Modèle | Origine | Résolution | Horizon utile | Point fort |
|---|---|---|---|---|
| GFS | NOAA 🇺🇸 | 0,25° (~28 km) | ~7 j (16 j max) | Gratuit, 4 runs/j — le modèle du jeu |
| ECMWF | CEP 🇪🇺 | ~9 km | ~7–10 j | La référence sur le synoptique |
| ICON | DWD 🇩🇪 | global + 2 km régional | ~5–7 j | Europe, reliefs |
| AROME | Météo-France 🇫🇷 | ~1,3 km | ~2 j | Côtier, Méditerranée, brises |
À retenir de ce tableau : aucun de ces modèles n’est « le jeu », sauf le GFS. Les autres sont des conseillers. On les écoute pour décider ; on ne les programme jamais tels quels (voir §6).
3. Les nouveaux venus : les modèles IA
Depuis 2023-2025, une deuxième famille est apparue : des modèles entraînés par apprentissage automatique sur des décennies d’archives météo. Leur particularité : au lieu de simuler la physique de l’atmosphère sur un supercalculateur pendant des heures, ils prédisent l’état suivant en quelques minutes sur une carte graphique. Rapides, et souvent redoutablement bons sur les grandes structures.
- AIFS (ECMWF) — le premier modèle IA opérationnel d’un grand centre (début 2025), résolution ~0,25° (28 km). De l’ordre de 10 % de gain sur les grandes configurations, et jusqu’à ~20 % sur les trajectoires de cyclones. Dans Windy, il est proposé en extension de l’ECMWF (prolonge la prévision jusqu’à ~15 jours).
- GenCast (Google DeepMind) — un modèle d’ensemble par diffusion, qui bat l’ensemble de l’ECMWF sur la grande majorité des critères testés, chaque scénario calculé en quelques minutes.
- GraphCast (Google DeepMind), Pangu-Weather (Huawei), FourCastNet (NVIDIA), Aurora (Microsoft), Fengwu… — l’écosystème s’étoffe vite, et plusieurs plateformes de routage proposent désormais leur propre modèle IA « maison ».
Le revers : ces modèles lissent parfois les extrêmes. Ils excellent sur les grandes tendances, mais peuvent arrondir un front marqué, une bascule brutale ou une pointe de vent. À utiliser comme un deuxième avis de grande qualité — pas comme une parole d’évangile.
L’idée clé : classiques ou IA, tous ces modèles servent à affiner votre lecture. Aucun ne remplace le GFS dans le calcul du jeu. Ils enrichissent la décision ; ils ne touchent pas à l’exécution.
4. Tout lire dans Windy — et le plugin Windy4VR de Syraah
Windy est le cockpit visuel idéal : la même carte animée, et un sélecteur de modèle pour passer de l’ECMWF au GFS, à l’ICON, à l’AIFS ou à l’AROME en un clic. En quelques secondes, on voit où les modèles s’accordent et où ils partent chacun dans leur coin.
Son unique limite pour nous : Windy affiche superbement la météo, mais ne permet pas de poser précisément son bateau ni de comparer proprement plusieurs routes.
C’est là qu’intervient Windy4VR, le plugin développé par Syraah (oui, avec une icône en forme de carotte — private joke d’équipe 🥕). Il s’installe en collant l’URL du plugin dans Windy (menu → « Installer un plugin » → « Load plugin directly from URL »), et il permet d’importer les fichiers GPX exportés par les routeurs (Avalon, eSail4VR, zezo…) pour superposer plusieurs routes sur la carte Windy.
Le flux devient alors limpide :
- On route dans un ou plusieurs routeurs, sur différents modèles ;
- on exporte chaque route en GPX ;
- on les charge dans Windy4VR ;
- on anime la météo des modèles disponibles dans Windy, et on regarde quelles routes tiennent quand on change de modèle.
Concrètement : une route qui reste bonne quel que soit le modèle est une route robuste. Une route qui n’est belle que sur un seul modèle est un pari — à assumer en connaissance de cause.
5. Choisir une route, c’est parier sur un modèle
Une fois les routes superposées, le constat est presque toujours le même : elles divergent. Chaque modèle propose son optimum. Choisir une route, c’est donc parier sur le modèle vers lequel les prochains runs vont converger.
- Si le pari est bon — les runs suivants se calent sur votre modèle — vous avez pris de l’avance sur ceux qui suivaient bêtement le GFS du moment.
- Si le pari est mauvais — les runs partent ailleurs — c’est la grosse carotte, notre marque de fabrique 🥕.
Pour arbitrer, quelques repères :
- Le poids de l’historique : quel modèle est généralement meilleur dans cette situation, cette zone (l’ECMWF sur le synoptique, l’AROME près des côtes…) ?
- La cohérence run à run : un modèle qui change d’avis à chaque run est peu digne de confiance. Celui qui tient sa ligne depuis plusieurs runs mérite davantage qu’on le suive.
- La dispersion d’ensemble (voir §7) : mesure-t-elle un avenir serré (on peut oser) ou chaotique (on temporise) ?
- Votre appétit pour le risque : jouer les pourcentages, ou tenter le coup qui décroche la course.
L’idée clé : il n’existe presque jamais de « bonne » route a priori — seulement un pari, avec un gain et un risque connus. Le talent, c’est de bien mesurer les deux.
6. Le point crucial : quel que soit le modèle, on programme en GFS
Voici le piège qui peut coûter cher. On peut analyser dans n’importe quel modèle — mais le jeu ne calcule le vent qu’en GFS. Donc la programmation que vous entrez dans VR (les caps et angles au vent, avec leurs horaires) doit provenir d’un routage GFS.
Prenons un cas concret : vous êtes convaincu par la route ECMWF. Ne recopiez surtout pas ses caps. Une séquence d’angles optimisée pour le vent ECM, appliquée au vent GFS du jeu, emmènera votre bateau ailleurs que prévu. La bonne méthode :
- Choisissez un point de passage sur la route ECMWF — une « porte » que vous voulez franchir (l’entrée d’un système, le bon côté d’un anticyclone, une position à une heure donnée) ;
- Routez vers ce point en GFS ;
- Entrez cette programmation GFS (caps / angles + horaires) dans le jeu.
Ainsi, vous visez le point stratégique repéré sur la route ECMWF, mais avec une programmation que le jeu va réellement honorer, puisqu’elle est calculée dans le modèle qu’il joue. Du modèle « stratégique », vous ne gardez que l’intention — le point à franchir. Le chemin pour y aller, lui, se route toujours en GFS.
À retenir : on décide la stratégie sur le modèle qu’on veut ; on l’exécute toujours en GFS. Les caps et TWA entrés dans VR n’ont de sens que s’ils sont calculés en GFS.
7. Routage d’ensemble : Dorado, la tendance plutôt que la route
Jusqu’ici, on a parlé de runs déterministes : une prévision, une route. Les ensembles, eux, relancent le même modèle des dizaines de fois en perturbant très légèrement les conditions de départ — de l’ordre de ~31 membres pour le GFS (GEFS) et 51 pour l’ECMWF (ENS). On ne lit plus une route, mais un nuage de routes.
Dorado (doradosail.com) exploite exactement ça : un routeur qui calcule sur tous les membres d’ensemble (51 CEP + 31 GFS), avec isochrones, méteogrammes le long de la route, plage de rendement de polaire (80–120 %) et export CSV. Le résultat n’est pas « la » route, mais une carte de probabilités.
- Là où les membres se resserrent (corridor étroit) : forte confiance, un couloir robuste où engager.
- Là où ils s’éventent : chaos, la prévision va changer — gardez des options, ne soyez pas radical.
L’idée clé : l’ensemble donne une tendance et une carte du risque, pas un plan virage par virage. Il vous dit quelle taille fait la carotte avant de vous engager. Puis, comme toujours, la ligne choisie se programme en GFS (§6).
8. À retenir
- VR ne connaît qu’un vent : le GFS 0,25°. Les autres modèles servent à décider, pas à piloter le jeu.
- Les classiques : GFS (le jeu, gratuit, 4 runs/j), ECMWF (la référence synoptique), ICON (Europe, reliefs), AROME (côtier, Médit.), UKMO (Atlantique Nord).
- Les modèles IA (AIFS, GenCast, GraphCast, Pangu, Aurora…) sont d’excellents deuxièmes avis, rapides et forts sur les grandes tendances, mais qui lissent parfois les extrêmes.
- Windy = cockpit visuel pour comparer les modèles en un clic ; Windy4VR (Syraah) superpose plusieurs routes GPX pour voir laquelle tient d’un modèle à l’autre.
- Choisir une route = parier sur le modèle vers lequel les prochains runs vont converger. Bon pari → gain ; mauvais pari → carotte 🥕.
- Quel que soit le modèle retenu pour la stratégie, on exécute toujours en GFS : on choisit un point de passage sur la route du modèle voulu, on route vers ce point en GFS, et on entre ces caps / angles-là dans le jeu. Sinon, ça ne marche pas.
- Le routage d’ensemble (Dorado : 51 ECMWF + 31 GFS) donne une tendance et une carte du risque, pas une route unique. Corridor serré = confiance ; faisceau éclaté = tout va changer.